Manoïd : Des robots métiers opérationnels pour milieux hostiles

Le 22/04/2026 à 11:38 par La rédaction

Lors du Carrefour de l’Eau, qui s’est tenu à Rennes en janvier dernier, les visiteurs ont pu apercevoir un étrange robot se déplacer dans les allées : il s’agissait d’une nouveauté signée Manoïd, nouvelle marque de robots métiers autonomes et étanches dédiée à l’inspection, à la surveillance et à la sécurisation des environnements dangereux. Nos questions à Stéphane Dumonceaux, dirigeant de Duxogroup.

POUVEZ-VOUS PRÉSENTER VOTRE MARQUE MANOÏD ? COMMENT SE POSITIONNE-T-ELLE PAR RAPPORT À L’ENTITÉ SIDE INDUSTRIE ?

Stéphane Dumonceaux : La société SIDE Industrie est particulièrement connue pour avoir développé le DIP Système, un système breveté de relevage en prise directe avec l’arrivée d’effluents. Cette solution était très novatrice il y a une vingtaine d’années puisqu’elle intégrait de l’intelligence embarquée dans les convertisseurs de fréquence, de manière à permettre à la pompe de s’adapter sans passer par un automate indépendant. J’ai confié le développement du DIP Système à la société américaine Industrial Solutions, qui dispose aujourd’hui d’un site de production dédié en Italie. Elle reprend courant 2026 la distribution et le service des DIP Système, sous le nom OverWatch. Manoïd est, quant à elle, une nouvelle marque de Duxogroup, la maison mère de SIDE Industrie. Elle propose des robots d’intervention autonomes pour milieux dangereux, entre autres dans le domaine de l’eau.

Stéphane Dumonceaux, dirigeant de Duxogroup.

COMMENT L’IDÉE DE DÉVELOPPER DES ROBOTS MÉTIERS VOUS EST-ELLE VENUE ? QUELS CONSTATS AVEZ-VOUS FAIT ?

S. D. : Nous constatons aujourd’hui que les opérateurs peuvent avoir des tâches pénibles ou des missions à risque à remplir quotidiennement. Les industriels doivent visiter, surveiller et mapper des kilomètres de réseaux avec certaines contraintes : temps d’intervention limité, équipements du personnel lourds, accès difficiles, etc. Ils ne parviennent pas toujours à obtenir le degré d’informations espéré en sortie de visite. Les réseaux deviennent de moins en moins visitables, non par techniquement, mais parce que les conditions sont particulièrement difficiles pour les opérateurs. Avec notre expérience, nous nous sommes dit qu’il était opportun de réfléchir à une solution autonome permettant l’inspection de réseaux ou de zones à risques : égouts visitables, souterrains, galeries techniques, etc. Nous nous sommes aussi aperçus qu’il était intéressant de pouvoir réaliser une cartographie des réseaux.

Robot Manoïd circulant dans les allées du Carrefour de L’eau, en janvier 2026.

En combinant la mécatronique et l’intelligence artificielle, il est aujourd’hui possible de réaliser ces missions : nous avons alors développé les robots Manoïd afin de remonter à l’industriel des données précises sur ses réseaux et de détecter des anomalies. Et si lorsqu’on parle de robotisation, on pourrait vite penser à la menace qu’elle représente pour les emplois, précisons qu’aujourd’hui, le constat est le suivant : nous manquons de personnel pour réaliser ces opérations.

QUELLE EST LA PARTICULARITÉ DES ROBOTS MANOÏD PAR RAPPORT À UN ROBOT LAMBDA ?

S. D. : Sur le marché, on observe d’un côté les fabricants de robots, et de l’autre les utilisateurs. Qui a-t-il entre les deux ? Un fossé énorme ! Lorsqu’on achète un robot aujourd’hui, il ne sait rien faire car il n’est pas adapté pour une mission bien précise. Les robots Manoïd ont une spécificité : il s’agit de robots métiers qui sont totalement opérationnels et qui peuvent être déployés sur le terrain dès maintenant. Nous avons identifié 14 domaines d’applications différents, et nous nous sommes, dans un premier temps, concentrés sur le domaine de l’eau. Pourquoi ? Non seulement parce que nous le connaissons très bien, mais aussi et surtout parce qu’il rassemble à lui seul un large panel de contraintes. Nous avons ainsi conçu un Backpack Métiers de l’eau, un ensemble dans lequel on retrouve : l’unité mobile en ellemême, des capteurs, un module IA, des kits spécifiques, une plateforme de récupération des données, etc.

LES ROBOTS SONT-ILS SUFFISAMMENT ÉTANCHES POUR AFFRONTER DES CONDITIONS PARTICULIÈREMENT DIFFICILES ?

S. D. : Oui. Nous avons constaté que le marché des robots est animé par près de 25 grands constructeurs à travers le monde, mais pas un seul d’entre eux n’est réellement étanche. Il n’existe pas de robots aujourd’hui capables de faire face aux environnements difficiles : présence de gaz, intempéries ou taux d’humidité importants. La plupart des solutions ne dépassent pas l’IP54 et ont été pensées pour opérer dans des sites propres et couverts. Pour affronter les conditions difficiles dans l’assainissement, nous avons donc développé une solution étanche, a minima IP66.

Les robots Manoïd peuvent être déployés en extérieur pour des missions de surveillance de sites sensibles.

VOUS PROPOSEZ AUSSI UN PACK DÉDIÉ À LA SÉCURITÉ INDUSTRIELLE : POUVEZ-VOUS NOUS EN DIRE PLUS ?

S. D. : Le nombre d’usines d’eau potable en France avoisine les 17 000, et le contexte actuel est assez anxiogène : protéger de manière réellement efficace ces sites est plus que jamais important. Notre pack Sentinelle s’inscrit dans ce contexte : le robot est capable d’évoluer en extérieur, de franchir des obstacles, de réaliser des rondes ou des visites de sites. L’intelligence artificielle permet également de notifier des évolutions par rapport aux rondes précédentes, de détecter des anomalies, de réaliser des relevés thermiques ou acoustiques, etc. Le robot, ici connecté, peut aller encore plus loin en réalisant certaines actions, comme passer un appel aux forces de l’ordre, communiquer des images en temps réel ou enclencher une alarme. L’ensemble de ces fonctions permet d’assurer la surveillance de sites sensibles. Ainsi, conçue initialement pour les réseaux d’assainissement visitables, la gamme Manoïd s’adresse plus largement à la surveillance des usines d’eau potable, des sites industriels, des entrepôts ainsi que des chantiers fermés ou ouverts, partout où les conditions d’intervention sont complexes, dégradées ou à risques.

Manoïd prévoit le lancement d’un robot humanoïde d’ici fin 2026.

POUVEZ-VOUS NOUS PRÉSENTER LA GAMME ACTUELLEMENT PROPOSÉE ?

S. D. : La gamme intègre différentes solutions, dont le robot MQ02. Sa mission est d’assurer des opérations de surveillance, d’inspection, de cartographie et de mesure dans des environnements dangereux ou difficilement accessibles. Il est équipé de moteurs puissants et résistants, d’une étanchéité renforcée IP66, de capteurs de pointe et de caméras d’enregistrement grand angle. La gamme est également constituée d’un modèle plus petit sur pieds, le MQ01 Pro, qui se distingue par son agilité et sa réactivité, avec une meilleure capacité de poussée et une manoeuvrabilité accrue. Enfin, le modèle MQ03, disponible en version Pro avec navigation GPS intégrée, complète la gamme. Tous ces équipements sont adaptés grâce aux Backpacks métiers développés par Manoïd. Les prix varient de 30 000 € à 150 000 € et les délais de livraison sont compris entre 2 et 3 mois selon le Backpack choisi.

QUELS FUTURS DÉVELOPPEMENTS PEUT-ON ATTENDRE EN 2026 ?

S. D. : Nous lancerons, d’ici fin 2026, un robot humanoïde étanche IP67. Ce dernier sera destiné à compléter les missions du quadrupède, à réaliser des interventions de premier niveau et à opérer dans des zones à forte contrainte où l’accès humain est limité. Il pourra ainsi travailler en équipe et réaliser des actions, par exemple retirer des déchets, sans que l’humain ne prenne de risques.

LES INDUSTRIELS SONT-ILS RÉCEPTIFS FACE À CETTE INNOVATION ?

S. D. : Nous avons présenté la solution lors du Carrefour de l’Eau en janvier 2026, à Rennes, et nous avons été agréablement surpris par l’intérêt porté à la solution. Les industriels ont été assez étonnés qu’une telle solution robotique soit déjà proposée dans le domaine de l’eau, et les questions ont été nombreuses. Ils s’imaginent facilement des cas d’applications, et les réflexions ont déjà commencé pour certains. L’inspection de sites sensibles ou la nécessité de cartographier les réseaux ont été des besoins régulièrement exprimés. Les différents échanges que nous avons eu lors du salon nous confortent dans l’idée que les robots métiers, s’ils sont spécialisés, sont intéressants.